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Les trois Bérets et la sculpture sur bois

Les trois Bérets et la sculpture sur bois à Saint-Jean-Port-Joli

Les frères Bourgault, Médard, André et Jean-Julien, qu’on appelle familièrement « Les trois Bérets » parce qu’ils avaient tous trois l’habitude de porter un béret du lever au coucher sans jamais s’en séparer, sont à l’origine de la tradition de sculpture sur bois qui fait aujourd’hui la renommée de Saint-Jean-Port-Joli. Les sculptures des Bourgault, avec les tissages d’Émilie Chamard et les maquettes de bateau d’Eugène Leclerc, ont suscité un engouement significatif, ce qui a d’ailleurs valu à la municipalité d’avoir été surnommée, dès les années 40, la « capitale de l’artisanat ».

L’histoire des trois Bérets

Nés dans une famille de seize enfants, dont le père, Magloire Bourgault, avait été navigateur avant de devenir menuisier et charpentier, et la mère, Émilie Legros, était couturière, brodeuse et artisane en tout genre, les trois frères ont appris très tôt à se servir du canif et à manier le ciseau et la gouge. En 1929, Médard, qui sculptait déjà depuis une dizaine d’années, reçoit la visite de l’ethnologue Marius Barbeau du Musée national de l’homme à Ottawa. Ce dernier l’encourage à persévérer dans la poursuite de son travail. Stimulé par cette rencontre, sans emploi en raison de la crise économique qui sévit, Médard décide de consacrer tout son temps à la sculpture sur bois, qu’il destine aux touristes. En 1931, l’aîné entraîne ses deux frères dans son sillon. Chacun développe son langage artistique, bien que des similitudes les relient. Les Bourgault sculptent notamment de nombreuses personnes âgées. Ils sentent, peut-être de façon inconsciente, qu’ils assistent à un changement social de la fonction de l’homme dans la société moderne et tentent d’enregistrer les traits de ces porteurs de la mémoire. De plus, dans les premières années, ils peignent leurs sculptures. Jean-Marie Gauvreau, directeur de l’École du meuble de Montréal, leur suggère d’utiliser la polychromie avec discernement de manière à ce que leurs sculptures ne s’apparentent pas aux reproductions de plâtre coloré en vogue à l’époque. Leurs œuvres connaissent un succès de vente immédiat et prennent le chemin des collections.

La fondation de l’École de sculpture

En 1933, en raison des retombées positives, ils décident d’ouvrir un atelier plus spacieux. En 1936, André fonde ce qu’il appelle un « atelier-école ». À l’automne 1940, sur la recommandation de Gauvreau, le Premier ministre Adélard Godbout, qui est aussi le député du comté de L’Islet, fait de l’atelier de Médard et de Jean-Julien la première École de sculpture subventionnée par l’État aux fins d’encourager la formation de « mains habiles » et de perpétuer la tradition de la sculpture sur bois. L’École suspend ses activités durant la Deuxième Guerre mondiale pour rouvrir en 1944 dans l’atelier d’André. Au décès d’André, survenu en 1958, Jean-Julien prend la direction de l’École. Durant toutes ces années, sans livres ni préparation pédagogique particulière, les frères Bourgault formeront, tout en poursuivant leurs travaux personnels, plusieurs générations de sculpteurs sur bois.

La relève

La sculpture, telle qu’initiée par les frères Bourgault, a connu en d’autres mains des destins différents. Quelques enfants de Médard, d’André et de Jean-Julien ont suivi les traces de leur père. Ils ont, tout comme plusieurs élèves de la première école des Bourgault et des écoles subséquentes, ouvert des ateliers en perpétuant cet héritage dans des voies qui souvent leur étaient propres. En parallèle, on vit aussi apparaître d’autres ateliers qui produisirent en série des figurines stéréotypées. À la fin des années 60, lorsque Jean-Julien cède l’École à l’un de ses fils, l’enseignement de la sculpture sur bois s’étend à d’autres matériaux et évolue vers des formes plus contemporaines. En 1992, l’École-atelier de formation en sculpture devient le Centre de sculpture Est-Nord-Est, un organisme voué à la création et à la production en art contemporain qui reçoit des artistes en résidence. En 1984, Saint-Jean-Port-Joli est l’hôte du Symposium international de sculpture contemporaine qui regroupe treize artistes de renom en provenance de sept pays. En reconnaissance du patrimoine artistique laissé par les frères Bourgault et de leurs successeurs, la municipalité organise depuis 1994 l’Internationale de la sculpture.1

  1. Sources: Médard Bourgault, Journal,1940 – 1967, Archives de la Côte-du-Sud, • Jean-Marie Gauvreau, Artisans du Québec, 1941, • Gérard Ouellet, Ma paroisse: Saint-Jean-Port-Joli, 1946, • Alain Duhamel, Gens de bois, 1975, • Angéline Saint-Pierre, Médard Bourgault, sculpteur, 1981, • Gaston Deschênes, Portrait de St-Jean-Port-Joli, 1984, • Entrevue André-Médard Bourgault, 2001, • Entrevue Pierre Bourgault, 2001. ↩︎

Recherche et rédaction
Valérie Rousseau

Chargé de projet
Robert Gagnon

Traduction
Stéphane Gregory

Remerciements
Remerciements particuliers à Angéline Saint-Pierre, ainsi qu’à André-Médard Bourgault, à Gil Bourgault, à Nicole Bourgault, à Pierre Bourgault, à Raymond Bourgault, à Roger-André Bourgault, à Jean Simard, à Alphonse Toussaint, à Conrad Toussaint et au personnel des Archives de la Côte-du-Sud et du Musée des Anciens Canadiens.

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